Guide pratique

Et si je devenais experte en bière

[Début de la partie « je raconte un peu ma vie avant »]

Plus de 3 mois sans écrire ici. Par choix, par manque d’envie et pour 1001 raisons plus ou moins valables et personnelles. En effet, comme certain(e)s ont pu le remarquer si on me connait, en ce moment, j’ai du mal à suivre. J’ai du mal à comprendre certains agissements, certaines paroles que je ne m’explique pas. Et comme je suis particulièrement hypersensible – du genre je prends les choses bien trop à coeur et je me mets en PLS à chaque fois qu’on attaque mes écrits/mes choix/ma petite personne -, ça devient très difficile de continuer dans ce monde où je réalise que non, on ne veut pas que le bien des autres, on ne souhaite pas que leur succès. Le début 2018 a été à la fois rude et extraordinaire. Extraordinaire grâce aux rencontres que j’ai faites et aux opportunités que j’ai eues. Rude parce que j’ai pris des décisions compliquées, et j’ai entre autres décidé d’arrêter mon blog pour différentes raisons, notamment le fait que je ne me sentais plus légitime à écrire ici et à parler bière. Bravo les petits gars, vous aviez presque réussi. Pour certain(e)s, je resterai la meuf qui a dénoncé Mira et qui a obtenu tout ce qu’elle obtenu parce qu’elle a écrit un article un jour dans son blog qui a fait 16000 vues. Ou bien parce que je suis une femme, et quand on est une femme, on obtient plus de faveurs. Ben, tant pis. J’aurais au moins ce mérite. Après, y’a celles et ceux qui m’ont toujours aidée et soutenue, qui ont voulu que je réussisse et qui n’ont jamais éprouvé de la jalousie. Qui sont heureux de voir qu’on peut progresser sans empiéter sur le travail des autres. Fort heureusement, ces personnes-là sont nombreuses. Donc j’ai décidé de m’en foutre et de reprendre l’écriture, activité que je préfère par-dessus tout (même boire n’est pas aussi fun), parce que j’estime qu’en fait, j’ai le droit. Juste. Tant pis si ça ne plait pas.

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Et, pour reprendre ce blog, quoi de mieux qu’un sujet toujours d’actualité qui fait rage et débat dans le joli petit monde brassicole ; qui sont les experts ? Qui sont ceux qui s’auto-proclament ? N’y aurait-il pas un juste milieu ?

Vu que j’ai, paraît-il d’après certaines personnes très bienveillantes, l’art et la manière d’enfoncer des portes ouvertes, je vais continuer. Après tout, c’est ce qui doit faire mon charme.

En réalité, je ne vais pas tenter de prendre position sur toute la question, à savoir faut-il un diplôme pour être reconnu(e) dans le milieu et/ou pouvoir exercer légitimement (coucou Brasseurs de France), mais plutôt parler des moyens d’en apprendre encore plus sur la bière.

 

Apprendre par soi-même

Bien évidemment. Ça me surprend toujours cette dévalorisation des autodidactes (et ce dans tous les milieux) alors que ça reste pour moi le meilleur moyen d’apprendre, « sur le tas ». Certes, c’est le reproche que l’on fait à beaucoup de gens – avoir appris dans des bouquins, ne jamais s’être confronté à la réalité du terrain – mais dans la dégustation, c’est différent. Apprendre dans les livres et s’exercer en dégustant de nombreuses bières. N’est-ce pas là la manière d’apprendre de la majorité des passionnés ? Après, j’entends bien, passionné ne veut pas nécessairement dire « professionnel dans le milieu ». Mais je suis intimement convaincue qu’une personne curieuse, ouverte et qui a un peu de volonté (pour mieux faire face aux éventuelles profusions de critiques par les autres déjà plus ou moins bien installés dans le milieu) a sa place, et mérite sa place dans cette petite niche. Rome ne s’est pas faite en un jour, et devenir fin connaisseur prendra du temps aussi. Mais des petits coups de pouce peuvent aider par-ci par-là à prendre les bonnes décisions et à avancer plus vite.

Goûter, goûter et regoûter. J’ai cette fâcheuse tendance, quand je rentre dans une cave, à prendre ce que je connais déjà. Mes valeurs sûres. Mais au tout début, vu que je ne connaissais quasiment rien, c’était plus fun. J’avais disséqué les notions de style grâce aux BJCP Guidelines, et j’achetais des bières, plus ou moins au hasard, d’un même style pour mieux les comparer. Je notais tout dans mon petit carnet. C’était beau, cette innocence. Alors qu’aujourd’hui je me rue sur la nouvelle collab Beavertown x Cloudwater.

On forme et on éduque son palais. On écoute les autres et on apprend. On a même la chance de pouvoir suivre des formations si on ne trouve pas son compte dans les livres (ou si on a la flemme de lire, ou si on a besoin que ce soit une personne physique qui nous parle de bière). Je pense notamment au grand Hervé Marziou, qui demeure à mes yeux l’une des personnes la plus humble, ouverte et désireuse de partager tout ce qu’il sait ! Ce que la plupart des gens préfèrent dans la bière artisanale, finalement, ce sont les gens et les rencontres. (C’est beau putain.)

Etape non négligeable : quand on veut connaître un produit, c’est mieux d’en connaître la fabrication ! Alors c’est parti, on achète son kit pour faire sa bière maison, ou bien on essaye d’aller voir une journée de brassage chez un brasseur / une brasseuse du coin qui, j’en suis sûre, sera ravi(e) de répondre à des dizaines de questions.

Voici une courte liste des livres qui ornent ma bibliothèque et qui peuvent vous être utiles :

Bières, leçons de dégustation, Elisabeth Pierre, éditions de la Martinière
Les Saveurs gastronomiques de la bière, David Lévesque Gendron & Martin Thibault, éditions Druide
Tasting Beer, Randy Mosher, éditions Storey
Choisir et acheter sa bière en 7 secondes, Elisabeth Pierre, éditions Hachette vins
Le meilleur de la bière artisanale, La Fine Mousse, éditions Tana
Choisir sa bière, Yann Champion, éditions Solar
Faire sa bière à la maison, La Montreuilloise, éditions Tana
Bière, le guide ultime, Gilbert Delos, éditions Dunod
La bière c’est pas sorcier, Guirec Aubert, éditions Marabout
Gueuze & Kriek, Jef Van den Steen, éditions Lannoo

Se former et obtenir un diplôme / une certification

Sur le CV, ça fait toujours mieux. C’est bien mignon de dire qu’on a bu 3500 bières différentes de tous les pays et lu 34 livres en anglais, français et allemand, mais malheureusement parfois ça ne suffit pas. Certaines personnes ou certains métiers exigent un peu plus.

Je vous renvoie vers l’article de Happy beer time, « Comment devenir biérologue / zythologue »  qui fait déjà un état des lieux des différentes formations/certifications, diplômantes ou non, dans le milieu brassicole.

Dans cet article, il est notamment mention des certifications (on certifie donc des compétences, on n’est pas formé) possibles dans différents pays tels que le Cicerone (certification internationalement reconnue, et à juste titre je trouve) aux Etats-Unis (mais il est possible de le passer aussi en Angleterre si je ne m’abuse) ;
la certification BJCP (Beer Judge Certification Program, mais comme son nom l’indique c’est pour devenir juge).
En Allemagne, on peut devenir Beer Sommelier à Doemens (Munich). Ce sont d’ailleurs eux qui organisent le championnat du monde de sommelier bière.

Petite nouveauté à ce propos, il sera possible désormais de passer cette certification reconnue en français à l’Académie de Doemens. La forte demande (et le manque de ce type de formation en France) a incité Elisabeth Pierre et Hervé Loux à proposer l’équivalent francophone du diplôme de Sommelier Bière. Des sessions sont prévues à Paris en 2018, et il ne faut pas hésiter à solliciter les deux zythologues à l’origine du projet pour avoir plus d’informations.

Pour terminer, voici quelques liens vers des formations francophones, plus ou moins longues et intenses, pour parfaire ses connaissances en biérologie :
Initiation à la biérologie à l’IFBM
Formation Biérologie (courte) à l’université de Cergy-Pontoise (formateur Hervé Marziou)
L’Académie de Bierissima (Elisabeth Pierre)
Formation en zythologie à Liège
Initiation et découverte des bières chez Ferrandi

 Et pourquoi ça fait débat cette histoire ?

Je pense que chacun(e) a ses raisons et on ne veut pas tous les mêmes choses. Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants dans le milieu et à vrai dire, je n’y tiens pas trop.

Dans le domaine qui me concerne un peu plus, celui qui est vaste et indéfini, qui va de la dégustation à la formation en passant par le consulting, l’écriture ou les accords mets et bières, je ne sais plus ce qu’il en est. Personnellement, contrairement à ce que certaines personnes ont pu croire, je ne rêve pas d’être mise sous les projecteurs et devenir la plus experte des expertes en bière. Le terme de blogueuse me suffit bien. Ça fait sourire (mais pas manger). Ce que j’aimerais, par contre, c’est être reconnue pour mes qualités. Ça parait prétentieux mais c’est le cas. Comme beaucoup, je me donne et m’investis. Dans des projets plus ou moins importants et corrects. J’ai essayé pendant 1 an de plaire à tout le monde, de mesurer chaque propos. Aujourd’hui je vois le résultat et j’en suis un peu dégoûtée. Alors je fais les choses pour moi et pour ceux qui veulent apprendre, qui sont prêts à m’écouter. Tant pis si je ne suis pas experte bière et si je ne le deviens jamais, mais je suis fière de mon diplôme, de tout le travail que j’ai accompli et qui n’est pas toujours visible, et aujourd’hui ravie que certaines personnes fassent appel à moi pour rejoindre leurs projets et leurs idées.

Le problème que certain(e)s peuvent rencontrer est peut-être le fait de vouloir se faire une petite place aussi, mais de ne pas trouver l’opportunité ou la personne qui lui cédera un peu de sa lumière. Pas nécessairement d’être qualifié(e) de zythologue ou de biérologue, nous avons la chance en France d’en avoir de très bon(ne)s. Mais qu’on admette enfin qu’on puisse prendre la parole, partager son savoir, en toute bienveillance et sans susciter la jalousie d’autrui. Les événements liés à la bière sont de plus en plus nombreux, mais ne sont pas toujours l’occasion de voir de nouveaux visages apparaître. Si on décide de se lancer en tant que consultant, il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’on ne s’y connait pas assez ou que notre expérience est trop faible. Il y a tant à faire, y’aura du gâteau pour tout le monde. Et nous avons tous, diplômés ou non, un parcours et une expérience différents, qui peuvent apporter énormément. C’était le doux mot de la fin.

PS: je préfère également le terme de « consultante » que d’experte. Moins pompeux.

Ah, ça va encore jaser que j’suis la meuf qui n’arrête pas de prôner la bienveillance dans son monde de bisounours. Mais je me suis calmée, paraît que j’étais devenue vulgaire 🙂

giphy (1)
Moi quand on m’arrose de critiques infondées

 

(5 commentaires)

  1. Juste un petite précision à propos du Cicérone et du BJCP, ce sont des certifications et non des formations. Il est possible d’acheter de la documentation ou de participer à des formations sur les faux-goûts via leur site mais les différents examen ne sont là que pour certifier des compétences. De mon côté, je me suis formé en autodidacte pour valider le niveau 2 « Certified Cicerone ».
    Je pense qu’il est important de le préciser car une certification valide des compétences tandis qu’une formation permet d’acquérir des compétences avec généralement une validation de compétences à la fin (diplôme ou autre).
    Après, le débat final c’est, faut-il un diplôme ou une certification pour être un expert ? Faudrait faire un podcast tiens ! ^^

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  2. Ça se saurait si Galilée, Copernic, Darwin, ou encore Einstein avaient suivi une formation avec une certif à la fin, ce qui n’a empêché aucun de révolutionner l’humanité. Tout ça c’est de la branlette, seule la passion et le travaille compte.

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    1. Oui enfin là c’est un peu extrême 😉 Et puis on peut passer une formation ça veut pas dire qu’il n’y a ni passion ni travail… Ca ne sert à rien de dénigrer l’un au profit de l’autre. Faut juste voir ce qui est fait et comment.

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  3. Quoi que l’on fasse, avec toute la bonne volonté et la bienveillance du monde, on est toujours le con/la conne de quelqu’un.
    Le fait d’être la tête de gondole d’un site n’aide pas à esquiver les lancers de cailloux, surtout dans des milieux pointilleux ou tout le monde trouvera toujours quelque chose à redire. Et le fait d’être une femme ne doit pas aider non plus en terme de bashing, il faut bien l’avouer.
    Toujours est-il que pour faire chier ces personnes, il n’y a rien de mieux que de continuer à faire ce que l’on fait, comme si de rien n’était.
    Donc courage pour la suite car c’est bien chouette ce que tu fais, ne te laisses pas abattre. 🙂

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