Actualités et débats

Label : « profession brasseur » versus « profession brasseur de salle de bain » ?

Le monde de la bière a été quelque peu secoué ces dernières semaines. Après différents concours qui ont beaucoup fait réagir, tant positivement que négativement, et qui ont soulevé d’intéressants débats sur la qualité de la bière en France, il y a eu l’annonce de la part de Brasseurs de France de la création d’un nouveau label, « Profession brasseur », et c’est de cela dont j’aimerais parler aujourd’hui.

Qui est Brasseurs de France ?

Créée en 1880, l’Association Brasseurs de France (disons BDF) regroupe 107 adhérents et a pour mission, je cite, « la défense des intérêts communs de la Brasserie » et « la valorisation collective de la bière et de la profession ». Très bien, me direz-vous.

Elle est cependant vivement critiquée pour son manque de représentativité de TOUS les brasseurs et soupçonnée de lobbying politique au profit des plus gros (comprendre les industriels).

Il me semble utile de préciser que, même si l’on trouve parmi le Directoire de l’Association des membres tels que ABinBev, Kronenbourg, Heineken ou Goudale, tous les membres ne sont pas de vilains industriels ; figurent également dans la liste des adhérents des brasseries artisanales, plus petites, faisant moins de volumes. J’imagine que si elles ont choisi d’être représentées par cette association, c’est qu’elles ont des raisons qui leur sont propres et il serait malvenu de les critiquer sans les connaître toutes.

La création du label « Profession brasseur »

LOGO_HD_PROFESSION_BRASSEUR-01-300x300

Le lancement de ce nouveau label, a priori réfléchi depuis plusieurs années (il en est fait mention dès 2014), a été dévoilé lors du Salon International de l’Agriculture. I was here, et j’avoue ne pas avoir compris l’intérêt d’un tel label.

Pour en savoir plus, je vous invite à lire ces articles : sur Businessmarches.com et sur Le Figaro.

 En somme, un label certifiant la provenance française de la bière, et sa qualité. Pour cela, la certification sera donnée par un organisme indépendant, Certipaq, d’après un cahier des charges de pas moins de… 420 critères de contrôle. Traçabilité des ingrédients, hygiène, contrôle des matières premières… sont autant de critères à remplir.

L’intérêt de ce label, d’après BDF, est de permettre aux consommateurs de s’y retrouver parmi les quelques 1200 brasseries françaises et ainsi ne consommer que de la « bière de qualité », si je suis leur raisonnement. C’est aussi une mise en avant du savoir-faire brassicole français. Et pour espérer obtenir ce label, en plus de cocher les 420 cases, il faut également être diplômé ou justifier de 3 ans d’activité en tant que brasseur.

 

La réponse du Syndicat National des Brasseurs Indépendants (SNBI)

-STdrGLx_400x400

Le SNBI, créé en juin 2016 par et pour les brasseurs indépendants et qui ne se sentaient pas représentés par BDF (aujourd’hui 30% des brasseries artisanales françaises sont membres du SNBI), a répondu par le biais d’un communiqué que vous pouvez trouver ici.

Le SNBI dénonce une prise de contrôle sur la profession de brasseur grâce à ce label, et reproche notamment à BDF de ne pas dévoiler le fameux cahier des charges.

Une réponse virulente (mais nécessaire ?), face à cette appropriation de la profession par une association qui représente 8% des brasseries françaises.

 

En effet, à chaud, il m’a semblé que sous couvert de bonnes intentions, BDF tentait plutôt d’exclure et de stigmatiser les brasseurs qui ne pourront jamais prétendre à être labellisés (par volonté ou par manque de moyens), et ça m’a rappelé cette fameuse phrase de Philippe Vasseur, ancien président de BDF, en 2014 : « faire de la bière dans sa salle de bain, pourquoi pas. Mais dès que l’on commercialise sa production, il faut des règles » (pour en savoir plus : rendez-vous ici).

Il y a assurément des problèmes d’hygiène et/ou de qualité dans quelques brasseries artisanales, on ne peut pas le nier. C’est ce qui arrive quand on travaille un produit vivant. Mais est-ce que ça veut dire qu’un brasseur qui a moins de 3 ans d’expérience ou qui n’est pas diplômé va nous sortir une bière de mauvaise qualité, ou infectée ? Bien sûr que non. Mettre tout le monde dans le même panier, c’est très con. Il y a des problèmes, des incohérences, des choses à mettre en place. Evidemment ! Nous sommes dans un marché en pleine croissance et tout le monde n’avance pas au même rythme. Ça ne me semble donc pas être une bonne raison pour estampiller certaines bouteilles avec un label « profession brasseur » quand TOUS (enfin presque) travaillent avec passion, et que la plupart ont tout investi dans leur brasserie.

Je serais vraiment curieuse de connaître les critères d’évaluation de qualité. D’ailleurs, qu’est-ce qu’on entend par « qualité »? Le choix des ingrédients ? Je pense que là-dessus, certains artisans sont bien plus consciencieux et transparents que certains industriels (je rappelle que la liste des ingrédients n’est pas obligatoire sur une étiquette de bière). Le mode de production ? C’est là que ça me gêne aussi, et c’est encore une raison pour laquelle j’aimerais consulter le cahier des charges. Les artisans, membres ou non de BDF, ont apporté ce qui manquait depuis longtemps à la bière en France, la diversité. Et c’est ce que, je crois, nous aimons pour la plupart. Avoir le choix, choisir en fonction de ses goûts différents styles, explorer. Si on contrôle aussi « le produit aux différentes étapes de la production afin de garantir le savoir-faire brassicole français » (source), je me demande quelle place il reste à la créativité. Toutes ces questions ne sont que des suppositions, évidemment. Mais je me les pose sincèrement. Je me demande comment serait accueillie une bière brettée par Certipaq, par exemple.

D’après ce que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux, les réactions ne sont pas vraiment unanimes. Les brasseurs adhérents de BDF se sentent dénigrés et attaqués par le SNBI suite au communiqué. On peut être contre la création du label mais pas contre les brasseries qui souhaitent l’obtenir ou l’ont déjà eu ; si ça permet de vendre plus, pourquoi s’en priver ? Mais, du coup, ce sont les autres non-labellisés qui vont donc devoir justifier leur métier, leur savoir-faire et leur passion. Deux fois plus d’efforts pour deux fois moins de visibilité face aux consommateurs finaux. Celui ou celle qui a brassé à la maison pendant 4 ans puis monté sa brasserie me semble tout aussi légitime à commercialiser sa bière que celui ou celle qui a passé une formation/un diplôme pour devenir brasseur/se.

Alors que BDF tente d’aider le consommateur, j’ai l’impression qu’on ne fait que le perdre une fois de plus, entre les 200 médailles attribuées ce mois-ci lors de différents concours, et ce nouveau label qui sera présent dès juillet 2018, je ne crois pas que ce soit très pertinent… Non, je pense que cela doit se faire par la découverte, l’éducation, la formation. Pas en se permettant d’attribuer le nom de la profession-même à seulement quelques brasseries françaises, quand beaucoup se démènent pour une bière équivalente en qualité voire bien supérieure.

J’ai envoyé un email à Brasseurs de France (à ce jour sans réponse) pour en savoir un peu plus. Je publierai leur réponse – s’il y a – dans cet article.

A noter également, le SNBI lance son label destiné exclusivement aux brasseurs indépendants, le vendredi 13 avril lors du Salon du brasseur à Nancy. J’ai hâte de voir de quoi il s’agit plus précisément, et en quoi ça va réellement aider les brasseurs et les consommateurs.

 

Pour aller plus loin : Happy beer time a fréquemment écrit sur BDF et le SNBI. Quelques articles par ici, ou .

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s