Pourquoi il faut lire « Maltriarcat » d’Anaïs Lecoq

Le 3 mars prochain sort le nouveau livre édité par Nouriturfu, Maltriarcat, quand les femmes ont soif de bière et d’égalité, écrit par la journaliste Anaïs Lecoq.

Par où commencer ? J’ai eu la chance de rencontrer Anaïs à Paris il y a quelques mois lorsqu’elle était de passage dans la capitale, après avoir pas mal discuté sur Twitter et autres réseaux. Féministe, engagée (et enragée comme moi), belle plume, buveuse de bière, je ne pouvais pas passer à côté d’une telle femme. Alors lorsqu’elle m’a parlé de ce projet de livre qui retracerait l’histoire de la bière (la vraie histoire, celle où il y a les femmes qui apparaissent dedans) et qui ferait un état des lieux du monde brassicole actuel vu dans un prisme féministe, je n’ai pu que soutenir. C’est le livre que j’aurais rêvé d’écrire, j’y pensais souvent, mais je n’ai jamais eu le courage, la patience ou les ressources (intellectuelles) pour m’y pencher sérieusement.

Quel honneur, donc, d’avoir pu être interviewée pour récolter mon avis sur divers sujets sur cette thématique : la bière et les meufs. Celleux qui me lisent savent que c’est un sujet qui me tient à coeur (sinon c’est que j’en parle pas assez). Et bien sûr, ça m’a valu pas mal de remarques, reproches, de la part d’hommes qui pensaient que c’était pas le sujet, ou de femmes qui me trouvaient opportuniste alors que je traitais, avec d’autres femmes, le sujet sous un angle un peu trop « militant » à leur goût. Bien sûr, je m’en contrefiche et je continue, avec celles qui font un boulot incroyable et utile – comme Anaïs.

J’ai donc reçu le livre en avant-première, comme celles qui ont été interviewées pour l’écriture et les gens de la presse. Je me suis empressée de le lire (mais avec délectation quand même).

Ai-je été déçue ? Non. (ce sera le seul spoiler dans cet article, promis).

Pourquoi lire Maltriarcat (et le faire lire à tout le monde)

On a de plus en plus de choix en matière de livres sur la bière, mais on a toujours manqué d’un livre dédié aux femmes, et encore plus de livres engagés et militants, prenant position.

Maltriarcat, en plus d’avoir une superbe couverture illustrée par Alice Mazel, traite en 136 pages les sujets passés et actuels qui font le monde de la bière d’aujourd’hui. Et quel monde. On passe notre temps à nous répéter que oui, les femmes sont là, travaillent dans le milieu, sont représentées, quel est le problème ?, ok y’a des étiquettes un peu sexistes parfois mais on n’achète pas les bières et voilà, d’ailleurs arrêtez d’en parler ça leur fait de la pub, et puis moi je respecte les femmes même que j’en embauche dans ma brasserie, bref. Same old.

Enfin, on a à disposition un guide, un essai, un traité qui remet les pendules à l’heure, qui nous rappelle qu’on a le droit (le devoir ?) d’être autant énervées, qu’on a raison d’en parler. Parce qu’il y a du boulot, il reste tellement de boulot les meufs, c’est effarant.

Le livre débute avec un retour sur l’histoire de la bière, bien sûr en y incluant cette fois la moitié de l’humanité. Cette « éviction organisée » des brasseuses, et de tant d’autres métiers qui étaient historiquement féminins mais qui se sont vus devenir masculins, nobles et industrialisés lorsque c’était devenu utile. Voilà déjà une bonne base : rappelez-vous grâce à qui, aujourd’hui, vous buvez encore de la bière. Grâce à celles qui l’ont brassée pendant des millénaires.

Un chapitre est également dédié à ce retournement qu’ont connu les femmes avec l’apparition du marketing moderne. D’actrices d’un secteur, elles sont devenues des objets utiles à la vente. Déshumanisation, morcellement de nos corps, objectification. En gros, en quoi les femmes ont été utiles à la bière, non plus pour la produire mais pour la promouvoir.

Déjà, c’est agaçant.

Dans son livre, Anaïs analyse aussi bien le monde de la bière que le monde patriarcal en général qui s’applique de fait à la bière, avec des références pointues. Ok, les femmes produisent de la bière aujourd’hui, c’est vrai. Mais qu’en est-il de leurs capacités d’emprunt lorsqu’elles sont seules et souhaitent ouvrir une brasserie ? (je vous vois venir : oui, je sais que les hommes aussi ont ces problèmes de crédit, mais lisez le livre et demandez-vous si c’est vraiment le même problème). Pourquoi les brasseries tenues par des femmes sont-elles moins hype que les autres, est-ce vraiment une histoire de qualité du produit ou est-ce plutôt à cause des freins qu’elles rencontrent dans le financement, la distribution, l’image ?

Comment sont nées les « bières pour femmes », pourquoi existent-elles, et comment sommes-nous perçues en tant que femmes si nous buvons « comme des hommes » ?

Pour avoir quelques réponses, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

La dernière partie du livre est consacrée à la réappropriation de la bière par les femmes. Comment s’y prendre ? Associations non mixtes, bières engagées, prises de parole (et donc d’espace)… On pense bien sûr à la Pink boots society French chapter – et maintenant vous pensez aussi aux Buveuses de Bières, la nouvelle asso non-mixte pour les amatrices 🙂 Des associations et initiatives diverses qui sont là pour redonner aux femmes la connaissance, la confiance (j’ai toujours rêvé d’avoir la même confiance en soi qu’un homme médiocre) et les outils pour déguster, apprécier, découvrir, fabriquer la bière en toute bienveillance et en étant entourée de personnes qui ne jugent pas.

Il faut lire Maltriarcat parce que nous avons besoin d’arguments, de données fiables, de ressources pour contrer encore et toujours des discours stéréotypés qui ne font rien avancer. Il faut lire Maltriarcat parce qu’on manque de role models, parce qu’on a besoin de s’identifier à des personnes qu’on admire sans pour autant les idolâtrer. Il faut le lire et surtout le faire lire à toustes parce qu’au-delà d’un essai sur la bière, c’est un essai féministe qui nous donne de l’énergie et de la force pour continuer à faire, à déguster, à parler. Ceux qui pensent qu’il n’y a « pas de problème » dans le milieu de la bière sont invités à lire ce livre. Celles qui pensent que le travail est déjà fait grâce à elles, qui divisent les femmes entre les féministes enragées et les autres, les « bonnes féministes », vous pouvez le lire aussi, ça vous fera peut-être changer d’avis (mais j’y crois peu).

Bref, lisez-le, prêtez-le, achetez-le (donnez votre argent aux femmes si vous êtes de vrais alliés).

Pour précommander le livre :

Place des libraires

Pour suivre les événements rencontres et dégustations avec l’autrice :

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